MODÉLISATION · RISQUE

Analyse de sensibilité et Monte-Carlo d'un projet EnR

Guide expert · lecture ~10 min

Un business plan qui annonce « TRI 8,4 % » ne dit presque rien. La seule question qui compte en comité, c'est : et si ce n'était pas le cas ? Quelle hypothèse fait basculer le projet, à partir de quel écart, et avec quelle probabilité. Trois outils y répondent — le diagramme tornado, la simulation de Monte-Carlo et les solveurs de point d'équilibre — et un dossier de financement crédible les contient tous les trois.

1. Pourquoi un chiffre unique ne se finance pas

Un modèle déterministe produit une valeur par indicateur : un TRI, une VAN, un DSCR minimum. Cette valeur est le résultat d'une trentaine d'hypothèses, dont certaines sont connues à 2 % près (le CAPEX signé) et d'autres à 20 % près (le prix de marché en année 15). Les présenter avec la même autorité est une erreur de méthode : un analyste bancaire ou un investisseur cherchera d'abord où est la fragilité.

L'analyse de sensibilité ne rend pas le modèle plus précis. Elle rend son imprécisionexplicite et gouvernable — ce qui est exactement ce qu'on attend d'un dossier professionnel.

2. Le tornado : quelle hypothèse pèse vraiment

On fait varier une hypothèse à la foisautour du cas central, à amplitude égale (souvent ± 10 ou ± 20 %), on mesure l'écart sur l'indicateur, puis on classe les leviers du plus impactant au moins impactant. Le graphe obtenu a la forme d'une tornade : d'où son nom. La lecture est immédiate — la première barre est l'hypothèse à sécuriser en priorité, celle sur laquelle il faut dépenser du temps d'étude, négocier une garantie ou acheter de la donnée.

Cas central26,90 %
Productible (h/an)
Prix de vente (€/MWh)
CAPEX (€/kWc)
Taux de la dette (%)
OPEX (€/kWc/an)

Classement par impact décroissant — la barre la plus longue est l'hypothèse à sécuriser en priorité.

Aperçu pédagogique calculé dans votre navigateur, sur le modèle simplifié du calculateur public (annuité constante, avant impôt). Dans l'application, le tornado porte sur le moteur complet : P50/P90, contrats CRE/PPA/merchant, dette sculptée au DSCR, fiscalité.

Deux enseignements reviennent presque toujours sur un projet solaire. D'abord, le productible et le prix de vente dominent: ils agissent multiplicativement sur le chiffre d'affaires de chaque année, quand le CAPEX ne frappe qu'en t0. Ensuite, le taux de la dette déplace le TRI des fonds propres mais laisse la VAN projet inchangée— parce que celle-ci s'actualise sur des flux non levier. C'est un bon test de cohérence d'un modèle : si votre VAN projet bouge quand vous touchez au taux d'intérêt, il y a une erreur de construction quelque part.

3. Monte-Carlo : d'une valeur à une distribution

Le tornado a une limite : il ne fait bouger qu'une variable à la fois, alors que la réalité les fait bouger ensemble. La simulation de Monte-Carlo lève cette limite. On associe une loi de probabilité à chaque hypothèse incertaine, puis on tire plusieurs milliers de scénarios complets.

HypothèseLoi usuellePourquoi
ProductibleNormaleAléa météo symétrique, bien décrit par un écart-type
OPEXTriangulairePeu de marge à la baisse, longue queue à la hausse
Prix de marchéUniforme ou normaleFourchette encadrée par les études de prix
CAPEXTriangulaireLe dérapage est plus probable que l'économie

Le résultat n'est plus un nombre mais une distribution, qu'on lit en P10 / P50 / P90 du TRI des fonds propres, assortie de la probabilité d'atteindre le TRI cible. La phrase de comité change de nature : on ne dit plus « le TRI est de 8,4 % », on dit « 78 % des scénarios dépassent notre seuil de 8 %, et le P10 reste au-dessus du coût du capital ». C'est une affirmation défendable.

Un avertissement honnête : Monte-Carlo ne crée pas d'information. Une loi mal choisie produit une fausse précision— un histogramme rassurant construit sur des paramètres inventés. Les lois doivent venir des études (P50/P90 du bureau d'études, fourchettes de prix, retours d'exploitation), et les hypothèses de corrélation être assumées.

4. Les solveurs : le point d'équilibre, résolu

Sensibilité et Monte-Carlo répondent à « que se passe-t-il si ? ». Les solveurs répondent à la question inverse, celle qu'on pose en négociation : « à partir de quand est-ce que ça ne passe plus ? »

  • Tarif break-even : le prix de vente qui annule exactement la VAN — le plancher absolu d'une négociation de PPA.
  • Tarif pour un TRI cible : le prix qui délivre le rendement exigé par l'actionnaire.
  • CAPEX maximum : le budget à ne pas dépasser pour tenir le TRI cible — utile en appel d'offres EPC.
  • Dette maximale : le montant que le projet peut porter sous contrainte de DSCR, de gearing ou de LLCR.

Un modèle Excel répond à ces questions par tâtonnement, cellule par cellule. Un solveur les résout, et rend la réponse reproductible.

5. P50, P90 : la sensibilité que la banque impose

Il existe une sensibilité qui n'est pas optionnelle. Le développeur raisonne en P50 (production médiane), la banque dimensionne la dette en P90 (production atteinte neuf années sur dix). Le DSCR doit tenir son covenant dans le cas P90, année par année — pas en moyenne, pas au cas central.

Concrètement, cela veut dire produire deux jeux complets de sérieset faire tourner le dimensionnement de dette sur le second. Un business plan qui n'existe qu'en P50 sera renvoyé à l'expéditeur, quelle que soit la qualité du projet. Voir notre guide dossier de financement bancaire.

6. Ce que ça change en due diligence

En acquisition comme en refinancement, l'acheteur ne conteste presque jamais l'arithmétique : il conteste les hypothèses. Arriver avec le tornado déjà fait, c'est arriver avec la carte des désaccords possibles — et avec l'ordre de grandeur de chacun. Le débat cesse d'être « votre modèle est optimiste » pour devenir « nous ne sommes pas d'accord sur le prix de marché post-contrat, ce qui vaut tel écart de valeur ». C'est une négociation, plus une suspicion.

7. En pratique dans Wattvalio

Les trois familles sont natives et portent sur le moteur de calcul complet, pas sur une maquette : tornado sur les hypothèses clés à amplitude réglable ; Monte-Carloavec choix de la loi par variable (normale, uniforme, triangulaire), nombre de tirages paramétrable, lecture P10/P50/P90 du TRI des fonds propres, probabilité d'atteindre le TRI cible et export CSV de la distribution ; comparateur de scénarios ; et les solveurs (tarif break-even, tarif pour TRI cible, CAPEX maximum, dimensionnement de dette par DSCR, gearing ou LLCR avec sculpting). Chaque scénario est une version isolée et journalisée : la comparaison reste traçable, ce qu'un classeur dupliqué ne garantit jamais.

Pour voir ces écrans sur un projet réel, la démo en images ; pour tester le moteur sans compte, le calculateur de rentabilité.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une analyse de sensibilité sur un projet d'énergie renouvelable ?

C'est la mesure de l'effet d'une hypothèse sur un indicateur, toutes choses égales par ailleurs : de combien bouge le TRI si le productible baisse de 10 %, si le CAPEX dérape de 15 %, si le prix de vente perd 20 % ? On obtient un classement des hypothèses par impact décroissant, présenté sous forme de diagramme tornado. C'est la première question de tout comité d'investissement et de tout analyste bancaire.

Quelle hypothèse a le plus d'impact sur le TRI d'un projet solaire ?

Dans la très grande majorité des cas, le productible et le prix de vente arrivent en tête, parce qu'ils agissent multiplicativement sur le chiffre d'affaires de chaque année. Viennent ensuite le CAPEX (effet en t0, donc non actualisé) puis l'OPEX. Le taux de la dette pèse sur le TRI des fonds propres mais reste sans effet sur la VAN projet, qui se calcule sur des flux non levier. Le classement exact dépend du projet : c'est justement ce que le tornado établit, plutôt que de le supposer.

À quoi sert une simulation de Monte-Carlo dans un business plan EnR ?

À remplacer une valeur unique par une distribution. On associe une loi de probabilité à chaque hypothèse incertaine (normale pour le productible, triangulaire pour l'OPEX, uniforme pour un prix de marché), on tire plusieurs milliers de scénarios, et on lit le résultat en P10, P50 et P90 du TRI — plus la probabilité d'atteindre le TRI cible. La réponse devient « 78 % de chances de dépasser 8 % » au lieu de « 8,4 % ».

Quelle différence entre sensibilité, scénarios et Monte-Carlo ?

La sensibilité fait varier une seule hypothèse à la fois et répond à « qu'est-ce qui compte ? ». Les scénarios combinent plusieurs hypothèses cohérentes entre elles (cas bas, cas base, cas haut) et répondent à « à quoi ressemble un monde dégradé ? ». Monte-Carlo tire simultanément toutes les hypothèses selon leurs lois et répond à « quelle est la probabilité d'un résultat ? ». Un dossier solide contient les trois, dans cet ordre.

Pourquoi la banque demande-t-elle un stress test P90 ?

Parce qu'elle ne dimensionne pas la dette sur le cas central. Le P90 est le niveau de production atteint neuf années sur dix : la banque vérifie que le DSCR tient son covenant même dans ce cas prudent. Un business plan qui n'existe qu'en P50 est incomplet aux yeux d'un prêteur, quelle que soit la qualité du projet.

Un solveur de point d'équilibre, ça sert à quoi ?

À inverser la question. Plutôt que d'ajuster une hypothèse à tâtons jusqu'à obtenir le résultat visé, le solveur calcule directement la valeur qui annule la VAN (tarif break-even), celle qui atteint un TRI cible, ou le CAPEX maximum acceptable. C'est ce qui transforme un modèle en outil de négociation : on sait à partir de quel prix de PPA le projet décroche.

PASSER À LA PRATIQUE

Construisez ce business plan dans Wattvalio.

Production P50/P90, contrats (CRE, PPA, merchant), dette, fiscalité, valorisation NAV — du projet unique au portefeuille consolidé, avec des chiffres bancables.

Ou estimer la rentabilité avec le calculateur gratuit

À lire aussi : TRI, VAN, DSCR, LCOE · Dossier de financement bancaire · Glossaire du financement EnR